OMS – Stratégie et Plan d’Action Mondiaux sur le Vieillissement et la Santé : consultation publique août à octobre 2015

1. Sommaire

1.1 Mandat

En 2014, une résolution de l’Assemblée mondiale de la Santé (WHA67 / 13) : ‘’… a prié le Directeur général d’élaborer, en consultation avec les États Membres et les autres parties prenantes et en coordination avec les bureaux régionaux, et dans la limite des ressources disponibles, une stratégie et un plan d’action mondiaux complets sur le vieillissement et la santé, qui seront soumis à l’examen du Conseil exécutif en janvier 2016, et de la Soixante-neuvième Assemblée mondiale de la Santé en mai 2016.‘’

1.2 Intervention

Un projet 0 relatif à la Stratégie et au Plan d’action mondiaux complets de l’OMS (GSAP) sur le vieillissement et la santé a été diffusé fin août 2015. Ce document-ci constitue le Projet 1. Il reflète une mise à jour basée sur un examen préliminaire d’environ 200 commentaires détaillés de la part d’États membres et d’autres parties prenantes, reçus au cours du mois de septembre 2015. Le projet 1 sera affiné et amélioré sur la base de nouvelles consultations durant le mois d’octobre 2015, y compris lors d’une réunion consultative mondiale de l’OMS les 29 et 30 octobre, en présentiel, avec les États membres et les autres parties prenantes. Se basant sur ces nouvelles contributions, un projet actualisé sera élaboré courant novembre 2015.

Le but du GSAP1 est de définir les objectifs, les stratégies et les activités que l’OMS (ses États membres et son secrétariat) mettra en oeuvre, et ce sont ces objectifs, stratégies et activités qui définiront clairement le cadre global pour une action de santé publique. Les importantes contributions de divers secteurs étatiques et d’acteurs non étatiques, y compris la société civile, les personnes âgées elles-mêmes, les secteurs public et privé, et d’autres entités mondiales et régionales, sont également nécessaires, si l’on veut que l’action relative au vieillissement et à la santé soit un succès. Ainsi, le GSAP se concentre sur ce qui doit être fait à l’échelle mondiale, et vise à proposer une vision globale, qui va au-delà du seul champ d’action de l’OMS.

1 GSAP: « Global Strategy and Action Plan » soit ‘’stratégie et plan d’action mondiaux’.

1.3 Vision, objectifs généraux, objectifs stratégiques proposés, et impact prévu en bref

La vision proposée pour le GSAP est celle d’un monde où chacun a l’opportunité de vieillir en bonne santé. Le calendrier propose pour le GSAP une période de cinq ans (de 2016 à 2020), comme première étape vers une possible décennie mondiale du vieillissement en bonne santé (2020 à 2030).

Cette stratégie et ce plan d’action de cinq ans visent à davantage susciter l’engagement et la collecte d’éléments de preuves sur ce qui peut être réalisé, afin de favoriser le vieillissement en bonne santé dans différents contextes, et avec de multiples perspectives. Il en est ainsi tant que les données probantes mondiales actuelles demeurent en grande partie biomédicales, et établies à partir d’un nombre limité de pays. Néanmoins, le GSAP propose également des domaines d’intervention, conscient que de nombreux gouvernements et parties prenantes doivent prendre des décisions immédiatement, qui nécessitent, en temps opportun, une orientation en terme d’élaboration de politiques, d’investissements et d’interventions.

‘’Vieillir en bonne santé’’ est défini comme le processus de développement et de maintien des aptitudes fonctionnelles qui permet aux personnes âgées de jouir d’un état de bien-être. L’objectif global est le bien-être, qui est holistique et englobe tous les aspects et les composantes de la vie et les modes de vie que les gens valorisent. Vieillir en bonne santé ne reflète pas la motivation ou la réussite d’un individu, mais plutôt la façon dont les sociétés permettent aux personnes de vivre et de mettre en pratique ce qu’elles valorisent, en particulier lorsqu’elles sont plus âgées. Il existe de nombreux aspects du bien-être, et divers secteurs doivent par conséquent y contribuer. Ce GSAP reconnaît également que la santé est un aspect important du bien-être, et les systèmes de santé, parmi d’autres, jouent un rôle vital dans le vieillissement en bonne santé.

Cette définition repose sur l’idée que les aptitudes fonctionnelles d’une personne reflètent l’interaction avec son environnement, et de quelle manière cet environnement encourage le vieillissement en bonne santé. En outre, toute personne devrait avoir l’opportunité de vieillir en bonne santé- dans un environnement facilitateur et propice- même si elle présente des comorbidités ou une diminution des capacités intrinsèques (voir paragraphe 4). Ainsi, la théorie qui sous-tend le vieillissement en bonne santé s’inscrit dans la notion de bien-être global, et reflète un modèle éco- social, s’inspirant des déterminants sociaux de la santé et des forces ou des carences cumulées tout au long de la vie. Les initiatives pour améliorer le vieillissement en bonne santé nécessitent des cadres stratégiques agissant à différents niveaux et dans différents domaines (y compris sur les déterminants biologiques, sociaux, économiques et environnementaux, ainsi qu’à domicile, dans les communautés, les villes, les pays, les régions et dans le monde). En outre, dans les pays, différents secteurs et mécanismes gouvernementaux peuvent coordonner les politiques relatives au vieillissement, ou au vieillissement et à la santé, parallèlement au secteur de la santé jouant habituellement un rôle important.

En tant qu’agence des Nations Unies spécialisée dans le domaine de la santé, on attend de l’OMS qu’elle exerce son rôle de chef de file sur les questions relatives à la santé. Ce GSAP devrait faire apparaître clairement de quelle façon les politiques de santé – l’intégration de la santé dans toutes les politiques – peuvent inspirer des actions dans tous les secteurs, et de quelle manière le système de santé peut mieux encourager le vieillissement en bonne santé, soit en menant des actions lui-même, soit en soutenant des actions réalisées par d’autres secteurs. En outre, une part du vieillissement en bonne santé reflète l’état de santé, avec un accent particulier sur les capacités intrinsèques (voir paragraphe 4), et une autre part reflète les réponses des sociétés pour garantir que les personnes âgées puissent réaliser leurs activités et parvenir au bien-être, même si elles ont différents niveaux d’aptitudes fonctionnelles.

Cette perspective offre une nouvelle approche pour définir des politiques et des mesures globales, au niveau national et dans l’ensemble des pays.

Vieillir en bonne santé inclut explicitement que la santé représente bien plus que l’absence de maladie, et que la vieillesse est une partie importante du parcours de vie. Cependant, le GSAP reconnaît aussi que le système de santé et d’autres systèmes sociaux contribuent au vieillissement en bonne santé. Le système et le secteur de la santé, devraient mieux harmoniser et développer les politiques et les règlementations, les budgets, le personnel (formel et informel) ainsi que les services, en regard des besoins et des droits des populations âgées. L’OMS précise que les services axés sur la population et les services cliniques couvrent la promotion de la santé, la prévention, le traitement, les soins, la réadaptation et les soins palliatifs. Du point de vue du bien-être, le GSAP constate que ce que les gens valorisent peut changer au cours de la vie ; cependant il est de la responsabilité des sociétés de répondre aux besoins et aux droits des personnes âgées, et de le faire selon un processus équitable, sans discrimination.

L’approbation ultérieure de cette stratégie et de ce plan d’action (voir encadré 1) ne constitue pas une adhésion à une future décennie sur le vieillissement en bonne santé; cela signe plutôt l’accord d’envisager et de se préparer à un engagement potentiel de 10 ans à passer à l’action, conformément au calendrier des Objectifs de Développement Durable (voir paragraphe 6.3). Ce processus impliquera très probablement les États membres et les personnes âgées elles-mêmes, à collaborer et à poursuivre cette idée de manière plus concrète, avec les parties prenantes dans les secteurs multilatéraux, gouvernementaux et non gouvernementaux – notamment les Nations Unies et ses agences spécialisées, ainsi que d’autres partenaires de développement et de mise en oeuvre.

Encadré 1 : Principaux éléments du GSAP

Vision : un monde où chacun a l’opportunité de vieillir en bonne santé. Buts :

1. D’ici 2020, tous les gouvernements s’engagent à promouvoir le vieillissement en bonne santé, avec la mise en place de plans d’action destinés à optimiser les capacités fonctionnelles, et qui bénéficient à tous.

2. D’ici 2020, les gouvernements, les autres parties prenantes et les personnes âgées elles-mêmes, constituent une plate-forme pour soutenir la Décennie pour le vieillissement en bonne santé (2020 à 2030).

Objectifs stratégiques pour les cinq prochaines années :

1. Favoriser le vieillissement en bonne santé dans tous les pays

2. Créer des environnements favorables aux personnes âgées

3. Adapter les systèmes de santé aux besoins des populations âgées

4. Développer des systèmes de soins de longue durée (à domicile, dans la communauté et en institution)

5. Améliorer les dispositifs d’analyse, de surveillance et de recherche en matière de vieillissement en bonne santé

Impact escompté à long terme: Au-delà de 2020, tous les pays et toutes les parties prenantes renouvellent et soutiennent leur engagement politique et financier aux initiatives qui encouragent le vieillissement en bonne santé. Cela voudrait dire que: l’espérance de vie en bonne santé continue à augmenter en proportion de l’augmentation de l’espérance de vie. La diminution des capacités intrinsèques est minimisée, ainsi que les disparités en fonction des caractéristiques sociales ou économiques. Les aptitudes fonctionnelles sont renforcées, indépendamment de l’affection, de la morbidité ou de tout autre problème de santé qu’auraient la personne, et ce dans divers contextes.

À long terme, toutes les personnes âgées vieillissent en bonne santé. Pour les personnes avec une diminution des capacités, un environnement facilitateur assure de bonnes capacités fonctionnelles, et contribue à minimiser les disparités entre les individus et entre les pays. Toutes les personnes âgées conservent leur autonomie et leur dignité. Tout au long de la vie, le processus de vieillissement en bonne santé permet à chacun d’optimiser ses capacités et son bien-être.

2. Méthode

2.1 Approche et public -cible

Ce GSAP met l’accent sur ce qui peut être fait, de sorte que toutes les personnes âgées puissent jouir de leurs droits humains, y compris le droit à des installations, des produits et des services de santé disponibles, accessibles, abordables, acceptables et de bonne qualité2. La jouissance du droit à la santé n’est pas liée à l’âge, et ne cesse pas une fois qu’une personne atteint un certain âge. D’autres aspects du bien être sont également essentiels pour les personnes âgées, comme la dignité, l’autonomie et la participation. Les personnes âgées doivent pouvoir en bénéficier de manière équitable, indépendamment du lieu où elles sont nées ou de l’endroit où elles vivent, de leur statut social ou économique, de leurs problèmes de santé ou de leur héritage génétique. Pour vieillir en bonne santé, une approche fondée sur les droits exige de renforcer les capacités, d’optimiser le niveau fonctionnel et de parvenir au bien-être, sur tout le parcours de vie. Ce GSAP est destiné à éclairer les discussions au sein et entre les États membres de l’OMS, à aider les responsables politiques et les décideurs à établir des plans d’action, et à élaborer ou à actualiser les processus locaux, nationaux, régionaux et mondiaux de développement des politiques de santé.

2 Étude thématique sur la réalisation du droit à la santé des personnes âgées par le Rapporteur spécial sur le droit de toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale susceptible d’être atteint, Anand Grover, 2011

L’élaboration du plan d’action réunira de nombreux acteurs qui contribuent à améliorer la santé et le bien-être des personnes âgées, y compris les gouvernements et les responsables élus, dans les secteurs de la santé ou d’autres secteurs, les professionnels de la santé, les personnes âgées elles-mêmes, les prestataires de soins à domicile ou dans la communauté, le milieu universitaire, les organismes internationaux, les partenaires du développement, la société civile, les médias et le secteur privé. Toutefois, l’accent n’est pas exercé sur une maladie ou une pratique clinique particulière. Néanmoins, le plan d’action reconnaît que certaines affections sont plus fréquentes chez les personnes âgées, comme la démence et la fragilité. Il reconnaît également que l’expérience d’autres programmes de santé publique, comme les programmes de lutte contre les maladies non transmissibles, ou de prévention de la violence et des traumatismes, peuvent bénéficier au vieillissement en bonne santé, en particulier lorsque ceux-ci ont inclus les besoins et les préférences des personnes âgées. Le processus du GSAP permettra aux parties prenantes de définir collectivement les priorités d’action au cours des 5 prochaines années, ainsi que leurs contributions.

Le GSAP s’appuiera à la fois sur des objectifs internationaux et régionaux déjà existants, et fixera de nouveaux objectifs. Le GSAP peut influer sur les activités des pays, en aidant à l’élaboration de politiques et de plans régionaux et nationaux, qui réuniront différents partenaires et organisations non -gouvernementales du développement. Cependant, la mise en oeuvre des activités continuera de relever de la compétence des Etats- membres, soutenus par des partenaires du secteur public ou privé, aidant à leur réalisation.

Compte tenu du mandat de l’OMS, le Projet 1 du GSAP identifie les priorités qui sont déjà partagées par plusieurs de ces acteurs, et prend en considération d’autres domaines qui pourraient se révéler efficaces. Le Projet 0 décrivait ce qui avait été identifié dans le Rapport mondial de l’OMS sur le vieillissement et la santé. Le processus de consultation servira à affiner et à hiérarchiser ces objectifs ainsi que d’autres objectifs et actions stratégiques potentiels. Il permettra également d’identifier les groupes chargés de prendre les mesures nécessaires, et de proposer des contributions pour mettre en oeuvre ces mesures.

2.2 Construire l’avenir

Le GSAP s’inspire de deux instruments de politique internationale qui ont guidé l’action concernant le vieillissement depuis 2002 : le Plan d’action international de Madrid sur le vieillissement (2002), et le cadre d’orientation de l’OMS ‘’Vieillir en restant actif’’ (WHA52.7, AMRO/PAHO 1999, OMS, 2002) 

Encadré 2 : cadres régionaux de l’OMS instaurés

Ces deux instruments se réfèrent au droit à la santé et à son cadre juridique international. Ils se réjouissent tous deux de l’augmentation de l’espérance de vie, et du potentiel que représentent les populations âgées comme ressource puissante de développement pour le futur. Ils soulignent les compétences, l’expérience et la sagesse des personnes âgées, et les contributions qu’elles apportent, y compris, parmi elles, les personnes avec des limitations physiques et cognitives. Ils cartographient un large éventail de domaines où une action politique peut permettre ces contributions et assurer la sécurité pendant la vieillesse. Chaque instrument identifie l’importance de la santé à un âge avancé, à la fois en tant que telle, mais également pour les bénéfices essentiels qu’elle offre en permettant la participation des personnes âgées. Cependant, une étude dans 133 pays montre que les progrès en termes d’amélioration de la santé des personnes âgées depuis 2002 ont été inégaux3. Un engagement renouvelé et des réponses plus coordonnées sont nécessaires, en particulier pour promouvoir la santé chez les personnes âgées. Ce GSAP développe ce qui pourrait être fait dans le champ de la santé de façon plus concrète, en conformité avec le cadre stratégique adopté dans le Plan d’action international de Madrid sur le vieillissement.

3 Fonds des Nations Unies pour la population et HelpAge International, 2011. Aperçu des politiques, de la législation, des données et de la recherche, et des dispositions institutionnelles disponibles, concernant les personnes âgées.

Le GSAP bénéficie également du fait que cinq des six bureaux régionaux de l’OMS ont une stratégie ou un plan d’action portant sur la santé des personnes âgées, reflétant une consultation approfondie avec les États membres et les autres parties prenantes (voir encadré 2). En outre, la sixième région, AFRO, élabore actuellement son premier cadre régional sur le vieillissement et la santé, avec les Etats Membres, et en collaboration avec le GSAP.

Chaque cadre régional a été étudié et son contenu utilisé comme base pour formuler et élargir les objectifs et les actions stratégiques du GSAP. Il existe de nombreux points communs entre ces cinq cadres d’action actuels, y compris l’accent qui a été mis sur le renforcement des systèmes de santé ; les approches multisectorielles et intersectorielles pour la promotion de la santé et les environnements favorables aux personnes âgées; et garantir, sans discrimination, des services sociaux et de santé exhaustifs, et de qualité supérieure. Bien qu’il y aient des caractéristiques semblables au sein de chaque région, les pays dans chacune des régions peuvent être différents en termes de démographie et de rythme de vieillissement de la population, d’organisation des secteurs du gouvernement en matière de réponse au vieillissement et à la santé de la population, et de priorités d’action. Le GSAP indique que des collaborations fructueuses peuvent avoir lieu dans toutes les régions, ainsi qu’avec des pays spécifiques dans les régions.

Le GSAP propose des actions qui reflètent des approches et des politiques bien connues, telles que, entre autres, la Couverture Sanitaire Universelle, les déterminants sociaux de la santé, et les Villes et Communautés amies des aînés (voir encadré 3); et les stratégies de l’OMS, les déclarations et plans d’action déjà adoptés ou également en élaboration, dans les domaines qui sont pertinents et essentiels aux personnes âgées, y compris : les ressources humaines relatives au secteur de la santé, les soins intégrés et centrés sur la personne, la démence, la santé mentale et les maladies non transmissibles (tout ceci incluant l’accès à la