Famille chrétienne – « Le pape pose les limites du Synode sur la famille »

Pierre Jovanovic – Article dans Famille Chrétienne du 29 09 2015

Dans l’avion qui le ramenait de Philadelphie, le pape François a rappelé que « l’Église ne peut changer » sur la doctrine du mariage, et que le Synode de la famille traitait de plus larges questions que le seul débat des divorcés remariés. Il a également exprimé sa honte sur les prêtres pédophiles et pris la défense de l’objection de conscience.

Familles, je vous aime. Après la Rencontre mondiale des familles de Philadelphie, le pape François prépare la nouvelle phase du Synode des évêques de Rome, qui se penche sur la prise en compte des réalités familiales par l’Église. À l’approche de cette rencontre, le Saint-Père a pu préciser le cadre des discussions du Synode, en répondant aux questions des journalistes présents dans l’avion.

Le pape François a ainsi rappelé que la réforme récente des procédures de reconnaissance de nullité de mariage n’était pas un « divorce catholique » : « Ce Motu proprio facilite les procès dans la durée, mais ce n’est pas un divorce parce que le mariage est indissoluble quand il est un sacrement, et l’Église ne peut le changer, c’est la doctrine, c’est un sacrement indissoluble. Le processus légal est là pour prouver que ce qui semblait être un sacrement n’était pas un sacrement, par manque de liberté par exemple, ou par manque de maturité, ou maladie mentale ». Il rappelle que cette simplification des nullités de mariages a été demandée par la majorité des Pères synodaux.

Pour les divorcés remariés en secondes noces, il est « un peu simpliste de dire que le Synode est la solution pour ces gens et qu’ils peuvent communier », selon le pape. Les solutions, au pluriel, résident dans un renouvellement de l’accompagnement et de l’accueil : « L’Instrumentum Laboris propose tant de choses », estime le pape, citant le document de travail du Synode. « Mais le problème des nouvelles unions des divorcés remariés n’est pas le seul problème », a-t-il ajouté : « Par exemple, les jeunes ne se marient pas. Ils ne veulent pas se marier. C’est un problème pastoral pour l’Église. Un autre problème : la maturité affective pour le mariage. Un autre problème : la foi ! […] Le Synode doit bien penser à comment bien faire la préparation au mariage, c’est une des choses les plus difficiles. »

S’écartant du Synode à venir, le pape François a également répondu sur les femmes prêtres, en rappelant que Jean-Paul II avait clairement tranché la question : « Non pas parce que les femmes n’ont pas la capacité », mais parce que le sacerdoce masculin répond à la différence anthropologique entre les sexes, et à l’imitation du Christ fait homme par le prêtre. Mais, concède le pape, « nous sommes un peu en retard dans l’élaboration de la théologie de la femme. Nous devons aller plus loin dans cette théologie ». Toujours au sujet du sacerdoce, le pape est revenu sur sa rencontre, à Philadelphie, avec un groupe de victimes de clercs pédophiles, qualifiant ce genre d’abus de « sacrilège » : un prêtre qui s’en est rendu coupable « a trahi sa vocation ». « Ceux qui ont couvert ces choses aussi sont coupables, y compris certains évêques », a-t-il ajouté.

Le pape s’est enfin exprimé sur l’objection de conscience. Rentrant des États-Unis, il n’a pu ignorer le débat brûlant qui agite le pays au sujet des fonctionnaires refusant de valider des mariages homosexuels, au nom de leur foi chrétienne. En septembre, le cas de Kim Davis, county clerk (notaire gouvernemental) convertie au protestantisme évangélique, et emprisonnée pour avoir refusé d’enregistrer un mariage homosexuel, a déchiré les États-Unis. Certains pontes républicains ont réclamé son droit à l’objection de conscience, alors que l’État fédéral a fait valoir que la loi devait être respectée.

Le pape François choisit de répondre en évoquant un souvenir personnel : « Dans toute structure judiciaire doit entrer l’objection de conscience, car c’est un droit, un droit humain. […] J’ai toujours été ému quand, lorsque j’étais enfant, j’ai lu plusieurs fois la Chanson de Roland. Tous les Mahométans étaient en ligne. Devant eux, il y avait les fonts baptismaux ou l’épée, et ils devaient choisir… On ne leur a pas permis l’objection de conscience. C’est un droit, et si on veut faire la paix, on doit respecter tous les droits ». « Y compris pour les fonctionnaires gouvernementaux ? », a insisté un journaliste. « Si le fonctionnaire gouvernemental est un humain, il a ce droit, c’est un droit de l’homme ! », a répondu le pape François.
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