Exhortation apostolique FAMILIARIS CONSORTIO sur « Les Tâches de la Famille chrétienne dans le Monde d’aujourd’hui » (22 novembre 1981)

EXHORTATION APOSTOLIQUE FAMILIARIS CONSORTIO DE SA SAINTETE LE PAPE JEAN-PAUL II A L’EPISCOPAT AU CLERGE ET AUX FIDELES DE TOUTE L’EGLISE CATHOLIQUE SUR LES TACHES DE LA FAMILLE CHRETIENNE DANS LE MONDE D’AUJOURD’HUI (22 novembre 1981)

Extraits

La communion élargie de la famille
21.
La communion conjugale constitue le fondement sur lequel s’édifie la communion plus large de la famille, des parents et des enfants, des frères et des sœurs entre eux, des parents proches et autres membres de la famille.
Une telle communion s’enracine dans les liens naturels de la chair et du sang et se développe en trouvant sa perfection proprement humaine par la mise en place et la maturation des liens encore plus profonds et plus riches de l’esprit: l’amour qui anime les rapports interpersonnels entre les différents membres de la famille est la force intérieure qui donne forme et vie à la communion et à la communauté familiales.
La famille chrétienne est en outre appelée à faire l’expérience d’une communion nouvelle et originale qui confirme l’expérience naturelle et humaine. En réalité la grâce de Jésus-Christ, «l’aîné d’une multitude de frères»(56), est par sa nature et son dynamisme interne une «grâce de fraternité», comme l’appelle saint Thomas d’Aquin(57). L’Esprit Saint répandu dans la célébration des sacrements est la source vivante et l’aliment inépuisable de la communion surnaturelle qui relie les croyants au Christ et les rassemble entre eux dans l’unité de l’Eglise de Dieu. La famille chrétienne est une révélation et une réalisation spécifique de la communion ecclésiale, c’est pourquoi elle peut et elle doit se dire «Eglise domestique»(58).
Tous les membres de la famille, chacun selon ses propres dons, ont la grâce et la responsabilité de construire, jour après jour, la communion des personnes, en faisant de la famille une «école d’humanité plus complète et plus riche»(59). Cela s’accomplit à travers les soins et l’amour donnés aux jeunes enfants, aux malades, aux personnes âgées; à travers les services réciproques de tous les jours; dans le partage des biens, des joies et des souffrances.

Les personnes âgées dans la famille
27.
Il y a des cultures qui manifestent une vénération singulière et un grand amour pour les personnes âgées: loin d’être bannie de la famille ou supportée comme un poids inutile, la personne âgée reste insérée dans la vie familiale, continue à y prendre une part active et responsable – tout en devant respecter l’autonomie de la nouvelle famille – et surtout elle exerce la précieuse mission d’être témoin du passé et source de sagesse pour les jeunes et pour l’avenir.
D’autres cultures, au contraire, notamment à la suite d’un développement industriel et urbain désordonné, ont conduit et continuent à conduire les personnes âgées à des formes inacceptables de marginalité qui sont la source à la fois de souffrances aiguës pour elles-mêmes et d’appauvrissement spirituel pour tant de familles.
Il est nécessaire que l’action pastorale de l’Eglise stimule chacun à découvrir et à valoriser le rôle des personnes âgées dans la communauté civile et ecclésiale, et en particulier dans la famille. En réalité, «la vie des personnes âgées aide à clarifier l’échelle des valeurs humaines; elle montre la continuité des générations et elle est une preuve merveilleuse de l’interdépendance du peuple de Dieu. Les personnes âgées possèdent souvent le charisme de combler les fossés entre les générations avant qu’ils ne soient creusés: combien d’enfants ont trouvé compréhension et amour dans les yeux, les paroles et les caresses des personnes âgées! Et combien parmi celles-ci ont, avec empressement, souscrit à ces paroles divines: « La couronne des grands-parents, c’est leurs petits-enfants  » (Pr 17, 6)!».79

43. De cette façon, comme les Pères du Synode l’ont rappelé, la famille constitue le berceau et le moyen le plus efficace pour humaniser et personnaliser la société: c’est elle qui travaille d’une manière originale et profonde à la construction du monde, rendant possible une vie vraiment humaine, particulièrement en conservant et en transmettant les vertus et les «valeurs». Comme le dit le Concile Vatican II, la famille est le «lieu de rencontre de plusieurs générations qui s’aident mutuellement à acquérir une sagesse plus étendue et à harmoniser les droits des personnes avec les autres exigences de la vie sociale»(106).
52. Dans la mesure où la famille chrétienne accueille l’Evangile et mûrit dans la foi, elle devient une communauté qui évangélise. Ecoutons à nouveau Paul VI: «… la famille, comme l’Eglise, se doit d’être un espace où l’Evangile est transmis et d’où l’Evangile rayonne. Au sein donc d’une famille consciente de cette mission, tous les membres de la famille évangélisent et sont évangélisés. Les parents non seulement communiquent aux enfants l’Evangile mais peuvent recevoir d’eux ce même Evangile profondément vécu. Et une telle famille se fait évangélisatrice de beaucoup d’autres familles et du milieu dans lequel elle s’insère»(123).
Comme l’a répété le Synode en reprenant mon appel de Puebla, l’avenir de l’évangélisation dépend en grande partie de l’Eglise domestique(124). Cette mission apostolique de la famille est enracinée dans le baptême et reçoit de la grâce sacramentelle du mariage une nouvelle impulsion pour transmettre la foi, pour sanctifier et transformer la société actuelle selon le dessein de Dieu.
La famille chrétienne, surtout aujourd’hui, est spécialement appelée à témoigner de l’alliance pascale du Christ, grâce au rayonnement constant de la joie de l’amour et de la certitude de l’espérance, dont elle doit rendre compte: «La famille chrétienne proclame hautement à la fois les vertus actuelles du Royaume de Dieu et l’espoir de la vie bienheureuse»(125).

77. De même, l’Eglise ne peut négliger l’étape de la vieillesse, avec tout ce qu’elle comporte de positif et de négatif: approfondissement possible de l’amour conjugal toujours plus purifié et qui bénéficie de la longue fidélité ininterrompue; disponibilité à mettre au service des autres, sous une forme nouvelle, la bonté et la sagesse accumulées et les énergies qui demeurent; mais aussi solitude pesante, plus souvent psychologique et affective que physique, à cause de l’éventuel abandon ou d’une insuffisante attention de la part des enfants ou des membres de la parenté; souffrance provenant de la maladie, du déclin progressif des forces, de l’humiliation de devoir dépendre des autres, de l’amertume de se sentir peut-être à charge à ceux qui sont chers, de l’approche des derniers moments de la vie. Voilà les occasions dans lesquelles – comme l’ont suggéré les Pères du Synode – on peut plus facilement faire comprendre et faire vivre les aspects élevés de la spiritualité du mariage et de la famille, qui trouvent leur inspiration dans la valeur de la croix et de la résurrection du Christ, source de sanctification et de profonde joie dans la vie quotidienne, dans la perspective des grandes réalités eschatologiques de la vie éternelle.